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Conflit de Kodori: le pari risqué de Tbilissi

14:55 | 02/ 08/ 2006

Par Alexeï Makarkine, directeur général adjoint du Centre des technologies politiques, en exclusivité pour RIA Novosti

Les tensions n'en finissaient pas de grandir, tout au long de la semaine dernière, dans les gorges de Kodori situées à la frontière entre la Géorgie et la république sécessionniste d'Abkhazie qui, avec l'Ossétie du Sud, échappe au contrôle de Tbilissi. Les forces armées géorgiennes ont pénétré dans la zone qui leur était interdite d'entrée par les accords de 1994 fixant les modalités de l'opération de paix. Tbilissi s'est empressé d'annoncer la possibilité d'implanter dans cette région le gouvernement abkhaze en exil, sorte de "cabinet parallèle" représentant les Géorgiens de souche qui avaient dû quitter l'Abkhazie à la suite de la guerre meurtrière provoquée par le président géorgien Edouard Chevardnadze au début des années 1990.

Parlons d'abord du prétexte qui a permis de déclencher l'opération. Emzar Kvitsiani, typique chef de guerre auquel le régime affaibli d'Edouard Chevardnadze avait confié des fonctions administratives dans les gorges de Kodori, a refusé d'obtempérer aux ordres du pouvoir central géorgien. Cet homme fort qui contrôlait la zone de peuplement des Svanes, ethnie originaire de la vallée, est aujourd'hui accusé à Tbilissi d'avoir comploté avec les dirigeants abkhazes que l'administration géorgienne n'appelle pas autrement que séparatistes. Cette idée a sans doute sa logique. Quand les gens vivent pendant de longues années dans la confrontation, et que le contrôle des frontières reste insuffisant, l'acuité du conflit diminue petit à petit, et on assiste à l'apparition de points de convergence que les fonctionnaires vivant loin des frontières et donc beaucoup plus bellicistes sont incapables d'établir. Mais il est encore plus évident que la véritable cause de la confrontation des intérêts du président Mikhaïl Saakachvili et de l'ex-fonctionnaire géorgien Emzar Kvitsiani relève exclusivement de la politique intérieure.

Les motifs d'Emzar Kvitsiani sont clairs. Il s'était habitué à être seul maître à bord dans cette région où son influence semblait jusqu'à récemment inébranlable. Les Svanes continuent à respecter les règles de la société traditionnelle et s'inclinent devant les doyens et les chefs militaires. Mais si l'autorité des doyens est plus ou moins stable, le chef militaire est jugé d'après ses succès. Ainsi, la population de la vallée a soutenu Emzar Kvitsiani tant qu'il était capable d'aboutir à des compromis avec le pouvoir central, mais a pris ses distances lorsqu'on en est venu à un conflit direct avec Tbilissi.

Pour Mikhaïl Saakachvili, le règlement musclé de la question de Kodori était d'autant plus important qu'il devait démontrer aux électeurs, en prévision des élections législatives et présidentielle, le succès de ses efforts visant à remettre de l'ordre dans le pays et à rétablir son intégrité territoriale. En effet, la réussite de l'Adjarie, autre république séparatiste qui est rentrée dans le giron géorgien, appartient à l'histoire, tandis que la Géorgie n'arrive toujours pas à instaurer le contrôle sur l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud. Mikhaïl Saakachvili a besoin de se justifier aussi bien aux yeux des électeurs que devant l'Occident sur lequel il demeure orienté.

En outre, la Svanétie pourrait devenir un nouveau polygone pour réaliser la tactique de Mikhaïl Saakachvili qui s'est avérée faiblement efficace en Ossétie du Sud, celle des programmes sociaux massifs et de l'assistance humanitaire. Si les Ossètes ont accueilli ces démarches comme une tentative banale de graisser la patte, les Svanes ne sont pas aussi hostiles par rapport à Tbilissi et pourraient percevoir positivement les gestes du gouvernement géorgien.

Enfin, le président géorgien a besoin d'un point d'appui stratégique, même petit, sur le territoire abkhaze. On pourrait l'utiliser dans les opérations de relations publiques, mais aussi pour créer une tête de pont réelle en prévision d'une incursion armée en Abkhazie. Ce n'est pas par hasard que l'Abkhazie a accueilli cette éventualité avec beaucoup de sérieux en déclarant qu'elle se réservait le droit d'empêcher l'implantation dans les gorges de Kodori d'un "gouvernement fantoche".

Quelles pourraient être les conséquences de la confrontation dans les gorges de Kodori? Rappelons que la nature illégitime de la présence militaire géorgienne est reconnue non seulement par l'Abkhazie et la Russie, mais aussi par les représentants de l'ONU chargés d'observer l'opération de paix. Si la Russie est accusée par Tbilissi de soutenir en sous-main l'Abkhazie séparatiste (et serait donc une partie intéressée), l'ONU, par définition, joue "fair-play": sans préférer l'une ou l'autre partie, elle veille au respect des accords intervenus que les récentes démarches géorgiennes contredisent ouvertement.

Tout porte à croire donc que Mikhaïl Saakachvili sera forcé de refroidir son ardeur, s'il ne veut pas avoir de sérieux problèmes avec la communauté internationale. Mais il est clair qu'une fois le pied posé dans les gorges de Kodori, les autorités géorgiennes, en particulier les "va-t-en-guerre" dirigés par le ministre de la Défense Irakli Orkouachvili, redoubleront d'efforts pour modifier le format des opérations de paix en Abkhazie et en Ossétie du Sud.


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