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Ukraine, coalitions, crises

Ukraine, crise politique : Iouchtchenko joue la montre

Si Iouchtchenko ne désigne pas un Premier ministre, la situation pourrait dégénérer

jeudi 3 août 2006, par claude rainaudi (ukraine s.fr)

La constitution ukrainienne accorde un délai au Président pour proposer un Premier ministre à la Rada. Ce délai vient de s’écouler, une crise constitutionnelle se profile.

Sauf surprise de dernière minute (Iouchtchenko et son parti rejoignant la coalition anticrise, ou acceptant de passer dans l’opposition), on pourrait bien se diriger vers un schisme politique, aucune légitimité consensuelle ne parvenant à émerger.


Dernière minute : Ukraine : Ianoukovitch proposé Premier ministre, défaite des pro-US.

La constitution ukrainienne accorde un délai au Président pour proposer un Premier ministre à la Rada. Ce délai vient de s’écouler, une crise constitutionnelle se profile.

En Ukraine, lors des dernières élections législatives, en mars 2006, le parti des régions (pro-ukrainien) est arrivé en tête avec 32% des voix, suivi du bloc de Ioulia Timochenko (pro-US, 22%). Le parti « Notre Ukraine » du Président pro-US, Viktor Iouchtchenko (Yushchenko), s’est fait étriller par les électeurs et a recueilli 13% des voix. Les autres partis ayant obtenu des députés sont le parti socialiste (5%) et le parti communiste, qui passa de justesse la barre des 3%, nécessaire pour avoir des élus.

La « coalition orange », avec le parti du Président Iouchtchenko, celui de Ioulia Timochenko (Yulia Timoshenko) et le parti socialiste avait la majorité à la Rada et pouvait, arithmétiquement, contituer une coalition parlementaire officielle et proposer un Premier ministre, ainsi que le prévoir la constitution ukrainienne.

Les ambitions des unes et des autres en ont décidé autrement, aucune coalition officielle ne s’est formée à temps. Alexandre Moroz, délaissé par ses complices pro-US, a fini par retourner sa veste et le parti socialiste a quitté les « oranges », les rendant minoritaires. Le parti des régions et le parti communiste (pro-ukrainiens) ont alors constitué, avec le parti socialiste, une coalition majoritaire officielle, baptisée « coalition anticrise ». Alexandre Moroz a été élu président de la Rada et Viktor Ianoukovitch (Yanukovich), leader du parti des régions a été proposé comme Premier ministre. Le Président Iouchtchenko avait jusqu’à hier, minuit, pour le proposer, à son tour, comme Premier ministre et permettre à l’Ukraine d’avoir enfin un gouvernement légitime. Il ne l’a pas fait. Il semblerait que l’une des pommes de discorde ait été le refus des pro-ukrainiens de laisser leur pays devenir un vassal de l’Otan. Iouchtchenko doit, en effet, obéir à ses maîtres et sponsors d’outre-Atlantique (voir, par exemple, De l’antisémitisme et du révisionnisme en Ukraine et au XXIème siècle).

Viktor Iouchtchenko serait maintenant en droit de dissoudre la Rada et d’appeler à de nouvelles élections législatives, dont il ne se relèverait pas, les derniers sondages le créditant d’environ 7% des voix. Par ailleurs, la Rada serait en droit de révoquer le Président et d’appeler à de nouvelles élections présidentielles, ce que propose le parti communiste. La situation est d’autant plus inextricable que la désignation d’une cour constitutionnelle n’a pas encore été possible.

De son côté, Ioulia Timochenka ne perd pas son temps et mobilise ses douteuses troupes — je rappelle que Madame Timochenko a, dans ses rangs, le nazi Andreï Chkile (Andriy Shkil’), dirigeant de l’UNA-UNSO —. Une plainte a même été déposée suite à ses relations avec la pègre [1]. Cette dame appelle frénétiquement à la dissolution et voudrait faire réhausser le seuil de voix nécessaire pour avoir des députés. Cela lui permettrait d’éliminer son rival de Iouchtchenko et de placer l’Ukraine dans un système bipartisan à l’anglosaxonne. Bien évidemment, on peut se demander qui serait constitutionnellement en droit d’accéder à cette demande.

Sauf surprise de dernière minute (Iouchtchenko et son parti rejoignant la coalition anticrise, ou acceptant de passer dans l’opposition), on pourrait bien se diriger vers un schisme politique, aucune légitimité consensuelle ne parvenant à émerger. Pour prévenir un nouveau coup d’état « orange », financé par les USA, des militants des partis pro-ukrainiens se sont regroupés pour défendre le Parlement. D’après un récent sondage, plus de 20% de la population ukrainienne serait prête à participer à des actions de masse à leurs côtés. Il ne faut pas pour autant négliger le potentiel de mobilisation des supporteurs de Ioulia Timochenko : presque 20% d’après le même sondage. Bien que cela n’ait pas été précisé par ce sondage, je pense que ces derniers 20% se recrutent surtout à l’Ouest du Dniepr tandis que les premiers seraient plutôt concentrés à l’Est de ce fleuve. La position des forces armées et de sécurité, en cas de blocage total, sera sans doute déterminante, mais, même en leur sein, un schisme Est/Ouest reste possible.

Il est deux heures et demie en France et, pour l’instant, la situation semble inquiétante. Toutefois, une surprise de dernière minute reste possible d’ici demain matin, Iouchtchenko reculant devant son suicide politique. Gageons que, si cette rassurante surprise a lieu, elle sera déclarée non constitutionnelle parce que hors délais par Ioulia Timochenko.

Notes

[1] Le 15 juillet, le Parquet général d’Ukraine est saisi d’une demande d’information relative à la formation de groupes armés, dans la région de Lvov. Ces groupes, dont les membres sont recrutés dans les organisations criminelles et la mafia, s’apprêteraient à semer le chaos dans le pays à la première occasion. La somme de douze millions de dollars aurait été affectée aux émoluments de ces criminels. (Voir Alerte orange en Ukraine : les groupes fascistes s’arment).

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